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Marie-Claire Sellier
Janvier 2017

Arpenter le ciel et voir la terre

De près de loin, aussi proche que possible des étoiles, pourtant il ne s’agit que de peintures et de valeurs alors qu’un effleurement de poudre graphite fait émerger la silhouette d’un homme et installe des textes. Le trait du dessin inscrit le geste mesuré et les taches multicolores des trajets dans un espace.

Il nous semble reconnaitre l’écrivain au regard brulé par des astres qui ne sont qu’une planète, comme s’il fallait se reprendre et s’astreindre à voir, seulement voir l’infini des possibles qu’offrent un travail apprivoisant en même temps que l’imaginaire d’une vision cosmique la réalité de la mise en œuvre de tentatives (réussies) d’un travail des matières. Imaginer au delà de son regard, rejoindre l’immensité d’un ciel rêvé pour se satisfaire de la subtilité des vibrations des gris, des textes fuyant dans une lecture empêchée et repartir du près au loin, puis repartir dans un recul pour trouver enfin la juste place de son regard.

Il y a plusieurs propositions, des supports, des formats, des figures mais toujours cette sollicitation précise ce que dessin, peinture, récit veulent dire, pour remettre en jeu ce que nous supposons savoir, trouver la mesure, véritable question de maintenant . Bien sûr la figure de James Joyce ne peut innocemment entamer la déambulation et même si l’œil est déjà dans la pérégrination pour rejoindre le déroulé d’une peinture qui tombe du haut, on sait déjà que la référence est précise, que la modernité de la langue est convoquée dans sa capacité à jouer avec les termes de la matière même. Comme cette figure tutélaire évoque l’actif du dispositif plastique. L’œuvre se fait dans l’organisation de l’exposition rebondissant dans l’affrontement de chaque élément avec le geste que fait la main montrant le ductus des mots tout comme les coulures et les projections de peinture laissent apparaitre les constructions, sorte de calcul nécessaire dès qu’il s’agit du ciel et des étoiles.

Si on alterne des dessins tout en retenue sur les papiers fins faisant apparaitre des textes semblant s’effacer à mesure que la lecture s’accomplit avec des peintures allusives et pleines d’un cosmos fantasmé et coloré, on se surprend à rentrer dans ce qui est presque un voyage imaginaire. On est dans la peau du papier, tout près et comme projeté en arrière, à des milliers d’années lumière dans le même instant.

C’est ce trouble qui instruit sa présence.

On croit voir ce que l’on reconnait, des personnages : enfin, l’écrivain irlandais qui au siècle passé a bouleversé les termes de l’écriture, du récit surtout et le voici au centre qui organise tel un point fixe la disposition des formes, mais aussi le parcours du regard reprenant la cascade et la liberté de construire son chemin. Cette référence, comme celle de Dante, nous indique que les éléments de l’art sont des tissages d’intentions, que seul ce qui se constate vraiment est l’essentiel dans une œuvre. Alors, au plus près du regard, on se satisfait des douces valeurs de gris entaillées par des lettres semblant gravées au stylet, délivrant la force des textes élégants, et si on aperçoit la silhouette d’une architecture constructiviste, on construit une histoire qui mêle l’idée d’une archéologie récente utopique avec l’audace d’une maitrise faisant fi des affèteries rutilantes de l’art contemporain. Les planètes se jouent des alignements dans des cieux pointillés de myriades colorées. Ça flotte, ça rebondit de tableaux en dessins, contrastant avec les gestes précis dessinés pour mieux exprimer l’infini qui nous domine et nous redonne une place d’arpenteur à notre tour.